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Comme il se veut, comme il se peut, un etre entier, unique et solitaire, tel que la nature l’avait concu, libre des fausses notions, des fausses expressions, des faux sentiments d’amour et d’appartenance, solitaire, dans la verite de son existence, non dans l’allegorie d’une communaute ecartelee, artificielle, degoutante. Comme il se veut comme il se comprend, atome, seul, qui se divise et se maintient pour nulle autre raison que se maintenir, non, maintenir l’equation absurde qui l’a invente, l’equation brutale, cannibale, sanguinaire, la maitresse sans maitre, et lui, l’esclave, qui se veut, qui se croit maitre, dieu, qui se croit et dessine sur une tablette l’image d’un pere, et s’agenouille, et grandit dans une petite boite verte et bleue qu’il s’est construite, qu’il habitera lorsque vie lui refusera raison de vivre, lorsqu’il redeviendra ce qu’il a toujours ete, le rien d’un rien d’un rien, lorsqu’il goutera la saveur du neant auquel il appartient.
Le couloir de 19 heures, un homme d’une quarantaine d’annees a la peau arabe mate et epaisse, et une petite femme d’une cinquantaine d’annees a la peau blanche translucide, se croisent.
Lui: Hi how you doinn?
Elle: Good and you?
Lui: Gooood! Sank you sank you sank you!
Chacun de son cote. L’arabe, le lexique, le rituel d’un salut, meme quand un vocabulaire transplante ne lui vient point en aide, remache les mots, les manie, les reinvente, pour la passion d’un bonjour, d’une bonne poignee de main sonore, d’un couteau au sein de la solitude, d’un lien, frele et humain, que les peuples froids de l’ouest ne cherchent plus, et ne reconnaissent point.
Un coucher puis un lever. Sans toi. Les unis devastes, pour 32, et milliers, non, millions, oublies, la mort qui touche plus fort, quand on est fort, quand on ne l’attend pas, alors que chez cent millions de malades, chez un milliard de pauvres, on l’attend, on l’apprend, on la met a cote quand on dort. Les 32 massacres, je vous ai vu, mais la queue est longue pour ma peine, tenez-vous la-bas, au fond, au bout, quand votre tour viendra, je pleurerai pour vous.
Quand l’air gras, visqueux, t’apparait la bas, derriere les chaises, a travers la porte entrouverte, au fond de la chambre que tu hantes, et qu’il s’approche, jaune et lugubre, lentement, insolemment, de toi, suant les flots de son amertume, puant sa moribonde nature par les pores dilatees de sa peau fletrie, leve-toi, brise les chaines qui te lient a ta cellule grise vieillissante, degage l’espace, cours, fuis, abandonne, car une fois ton ame enveloppee, infestee par son spectre putrefie, tu gouteras a la mort, la mort lente, persistente, implacable, non, tu la chercheras, la souhaiteras, l’imagineras, mais ne pourras pas l’obtenir que lorsque tu ne sauras quoi faire d’elle, et qu’elle ne saura quoi faire de toi.
Les yeux qui piquent, images d’un toi qui reviendra, cycle typique, cycle vicieux qui pique les yeux, ma nord afrique, mon tic nerveux, mon hysterie plus qu’hysterique, mon air, ma guerre, mon sel, ma seule, ma dance de levres a bout de souffle, a fond de gueule.
Samedi, sommeil court, paroles, brisees velours, absentes. De faille en fente, l’enfant. Douleur presente. Jamais lassee, jamais assez, jamais autant.
Dimanche, reveil lourd, regard, brise velours, absent. Attends. Apprends a attendre. Apprends a etre jamais a temps.
Demain, qui sait, soleil blesse, trop eclipse, ressort. Mon sort, ma mort, enfant, reviens. Ici du vide, limpide, humide, c’est mieux que bien, c’est presque rien.
C’est presque mien.
Un jour. Dix ans. Vingt ans. Cent ans. Je viens. Attends
Se pendre
Par un cheveu
Au-dessus de ton corps
Et se donner la mort
Quatre million de fois
La nuit
Tuer et se damner
Et se faire condamner
A vie
Son telephone sonne. Il l’attend deja.
Elle se retourne avant de sortir, elle se retourne et jette un regard vers la glace a gauche de la porte d’entree. Elle se contemple. Sa tete. Son corps. Tout. Son nez crochu et devie, ses yeux asymetriques, sa paupiere gauche paresseuse, ses cheveux qui lui vont bien dans la penombre, mais qui, sous le jet impertinent d’une lampe, laissent la peau du haut de son crane surgir fierement, se baignant de lumiere, ses levres minces a en perdre la parole, son menton boutonneux et parseme de poils fins, imperceptibles, mais presents comme la mort, son cou etrique et trapu, ses epaules rondement charnues, ses seins petits et maladroits. Elle se contemple et en ressent un besoin de vomir. Elle detourne le regard, et baisse les yeux vers ses mains, ses mains si parfaites que dieu meme, le jour ou il les a creees, n’en revenait pas. Elle scrute ses paumes, leurs vallees, leurs dunes, leurs lits de fleuves desseches qui parlent d’amour et de sagesse, elle contemple les cotes gracieux de chacun de ses doigts sculptes en marbre et en velours, ses ongles qui brillent d’un eclat naturel plus resplendissant que tous les vernis du monde. Elle se touche, se sent, se leche presque, perdue dans un instant be beaute infinie, d’amour infini, quoique infiniment seul, et infiniment petit.
Elle ouvre la porte et sort. Il l’attend. Dans quinze minutes, il la regardera sans grand interet, lui serrera la main, et quittera aussitot, presse, sans jamais realiser que pendant ces six secondes qu’il l’aura touchee, il etait un des hommes les plus fortunes de la terre.
Quelqu’un apprend a ne boire que sa salive, trempee de poussiere salee, et d’images qui reviennent. Sa voix est dans sa valise, et sa valise attend dans le ventre d’un avion ou d’une chambre d’aeroport, quelque part, le seul endroit ou parler est possible mais inutile, car on comprend un regard, le seul endroit ou partir est inutile mais inevitable, car l’espace est unique, instable, et infini.
Le jour infini, la soif infinie, sans une voix, une goutte.
Donne-moi une. Donne-m’en. Vite. Je meurs.
L’homme a la pomme. Une pomme en main, il marche. De trottoir en trottoir, d’ou il vient, ou il va, on ne sait pas. Il ne sait probablement pas. Sa pomme, il s’y agrippe comme a la vie, la vie, la pomme, la faim, le ver, rouge et vert, pourrie, meurtrie, enfin, la vie.
