Son telephone sonne. Il l’attend deja.

Elle se retourne avant de sortir, elle se retourne et jette un regard vers la glace a gauche de la porte d’entree. Elle se contemple. Sa tete. Son corps. Tout. Son nez crochu et devie, ses yeux asymetriques, sa paupiere gauche paresseuse, ses cheveux qui lui vont bien dans la penombre, mais qui, sous le jet impertinent d’une lampe, laissent la peau du haut de son crane surgir fierement, se baignant de lumiere, ses levres minces a en perdre la parole, son menton boutonneux et parseme de poils fins, imperceptibles, mais presents comme la mort, son cou etrique et trapu, ses epaules rondement charnues, ses seins petits et maladroits. Elle se contemple et en ressent un besoin de vomir. Elle detourne le regard, et baisse les yeux vers ses mains, ses mains si parfaites que dieu meme, le jour ou il les a creees, n’en revenait pas. Elle scrute ses paumes, leurs vallees, leurs dunes, leurs lits de fleuves desseches qui parlent d’amour et de sagesse, elle contemple les cotes gracieux de chacun de ses doigts sculptes en marbre et en velours, ses ongles qui brillent d’un eclat naturel plus resplendissant que tous les vernis du monde. Elle se touche, se sent, se leche presque, perdue dans un instant be beaute infinie, d’amour infini, quoique infiniment seul, et infiniment petit.

Elle ouvre la porte et sort. Il l’attend. Dans quinze minutes, il la regardera sans grand interet, lui serrera la main, et quittera aussitot, presse, sans jamais realiser que pendant ces six secondes qu’il l’aura touchee, il etait un des hommes les plus fortunes de la terre.